Aïkido

Intuition plasticité aïkido...

Je souhaitais partager avec vous une réflexion personnelle, la construction d'une idée qui a émergée au fil du temps. Elle n'est sûrement pas aboutit mais le stade auquel j'en suis me permets de vous livrer une part compréhensible.

Il y a parfois des événements, des rencontres, des occasions, des actions sans lien apparent qui finissent par tisser une toile de sens. Ce sens jaillit comme une lumière qui éclairerait tout à coup le chemin sur lequel vous évoluiez, sans trop savoir si vos pieds se posaient là où il le fallait. Alors, une évidence naît. Vous vous demandez presque comment vous avez fait jusqu'à maintenant pour ne pas la voir. Il reste encore des doutes car les liens ne sont pas encore clairement visibles. Mais vous les devinez sous les pierres et la poussière. Il va falloir se baisser pour épousseter le sentier !

Au départ est une intuition. Après six ans seulement à pratiquer l'aïkido, j'eus la chance d'avoir fréquenté deux « écoles » différentes. L'une d'elle me plut rapidement mais je ne savais pas vraiment pourquoi. Je fus probablement séduit par sa proximité apparente avec la philosophie que l'aïkido propose. Peu à peu, elle est passé dans mon esprit, d'apparente à évidente. Ceci est donc l'intuition.

Mon questionnement d'alors était le suivant. Les arts martiaux apportent, selon l'acceptation générale, « équilibre et bien être » à ses pratiquants(es). Au vu de mon expérience, il semblait possible que cette règle soit exacte dans la mesure où on respecte certains principes. J'avais en effet noté chez moi, une différence d'humeur, d'état d'esprit ou de détente, en fonction de la manière dont je pratiquais l'aïkido. Je ne vais pas entrer dans les détails ici, ils n'auraient qu'un faible intérêt. En clair, en fonction de la manière dont vous utilisez un objet, il pourrait vous apporter des bienfaits ou le contraire. Selon moi, le lien corps et esprit était le point central que je devais creuser pour tenter de répondre à cette question. Ce qui fut le cas au travers d'un mémoire de fin d'étude dans le cadre d'une formation de deux ans dans les sciences de l'éducation.

Ensuite fut une rencontre. En 2008, nous décidâmes de créer « Ora aïkido » avec K.HORIBE, actuellement Président de l'association. La première chose à faire était de trouver un lieu de pratique. Nos pas nous ont finalement conduis chez Loïc LEHANNEUR aux Ponts-de-Cé. Sa salle venait quasiment d'ouvrir et notre requête fut immédiatement et chaleureusement acceptée. Après les discussions et arrangements d'usages, nous commençâmes à pratiquer sur les tatamis de Anjou Dojo.

L.LEHANNEUR est professeur de Junomichi. Il possède un haut degré d'expertise dans sa discipline même s'il ne se reconnaît lui même que 6éme degré (dan) puisqu'il le reçu directement d'Igor Koréa, fondateur de la discipline, en tout cas en considérant le nom donné à celle-ci. L.L est aussi praticien Padovan ; c'est une méthode de réorganisation neuro-fonctionnelle développée au Brésil dans les années 70 par Béatriz Padovan. Durant les années qui suivirent, Loïc ne manquait pas de me parler de cette méthode qu'il appliquait - aujourd'hui encore - sur de nombreuses personnes: autistes, victimes d'AVC ou de lésions cérébrales, ''valides'' en mal d'être, personnes souffrantes de troubles psychologiques... De mon côté, je voyais les progrès accomplis par certains d'entre eux. Certains adolescents autistes ou handicapés en sont même venus à pratiquer le junomichi avec nous, au cours adultes. Cela ne manqua pas de m'impressionner et me semblait incroyable. En 2010, sous les recommandations de Loïc, je décida de voir par moi même le procédé de la méthode et ses éventuels effets. Après une séance d'observation, je m'engageais dans ce travail, avec une curiosité avide et sceptique de voir ce qu'il en sortirait pour moi. Je me considère comme valide ou en tout cas comme une personne ne souffrant pas de troubles particuliers. Je pense volontiers qu'en chacun de nous sommeille un fou, et c'est peut être une bonne nouvelle tout bien considéré. Mais je doutais pouvoir ressentir une amélioration notable. Ce fut le contraire.

Puis sont des ouvrages. En cette fin du monde 2012, deux ouvrages m'ont marqués. Le premier est « La personne et sa croissance » Fondements anthropologiques et psychologiques de la formation PRH. Initiée par André ROCHAIS, cette approche de l'être humain se nourrit de plusieurs axes professionnels et théoriques, notamment la psychologie et la pédagogie. Pour lui, l'Homme est constitué de 5 instances : l'être, le moi-je, le corps, la sensibilité et la conscience profonde. Une question intéressante est alors posée. « L'être humain est-il fondamentalement bon ou mauvais ? ». Mais surtout, « Naît-il programmé, fatalisé ? Où donc est sa liberté ? ». Pour moi, il en ressort que chacun d'entre nous a un potentiel de croissance sous évalué. Chacun a la possibilité de croître sans cesse jusqu'à la fin. Pour cela, il faut parfois être aidé, guidé, soutenu...mais quoiqu'il arrive, l'infini des possibles est devant nous.

Le deuxième ouvrage, je n'ai même pas eu à le terminer pour rédiger cet article. Les 100 premières pages sont tellement évocatrices qu'elles ont brûlées ma patience. Il s'agit de « Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau », de Norman Doidge. Le livre évoque la théorie de la plasticité du cerveau. Aujourd'hui, nous semblons savoir que notre cerveau possède des capacités que nous n'aurions pas osé imaginer dans nos rêves les plus audacieux il y a encore 15 ans. Le terme de plasticité peine encore à être entendu par beaucoup d'entre nous. Pourtant, cette capacité est observée depuis plus de 50 ans par certains scientifiques. A ce stade, je me dois de rappeler à votre conscience, la méthode Padovan.

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Enfin est une évidence. A présent, je crois comprendre plus clairement d'où venait mon intuition. Pratiquant pendant quatre années consécutives l'aïkido dans deux écoles différentes, j'ai donné à mon corps l'opportunité de remarquer quelle voie serait la plus constructive pour lui. Sans avoir la possibilité de vérifier ce que je dis, je suis quasiment certain que la forme de corps que nous appliquons dans notre association, participe à tendre vers une optimisation de notre schéma cérébral, autorisant l'actualisation de capacités cognitives et physiques personnelles, ce processus facilitant à aller vers un mieux être. Il est évident que l'aïkido seul n'est pas responsable du bonheur ou du malheur des pratiquants. Mais au moins peut-on se poser la question, notamment en tant qu'enseignant, au regard de ce que j'ai cités ci-dessus, des effets d'une répétition de gestes particuliers sur un individu ?

Et ce questionnement ne s'arrête pas aux limites du tatamis. Il se diffuse dans toutes mes sphères d'activité. Je suis professeur d'atelier en collège depuis presque trois ans, dans une section d'enseignement spécialisé (EGPA). Les jeunes que nous encadrons avec mes collègues portent en eux de sérieuses difficultés de lectures, d'écritures, de compréhension et parfois de comportement pour quelques uns. Depuis cette année, j'ai mis en place une partie des exercices que la méthode Padovan offre (partie sol). Il s'agit plus d'une expérience pour connaître la réaction des élèves devant ce que j'ai appelé "les échauffements spécifiques" et la manière de gérer un groupe de 8 adolescents dans la réalisation de ces gestes. Je n'ai pas beaucoup de possibilités de mesurer l'impact des exercices sur leur développement. J'ai mis en place un mini test de graphologie et de dessin pour tenter de noter des écarts en début, en cours et en fin d'année. En revanche, je n'ai pas de groupe "neutre" qui aurait sûrement donné plus de sérieux à cette mesure. Mais le retour des élèves eux mêmes est pour moi le meilleur indicateur. Tout d'abord, il ne rechignent pas à faire les exercices que je leur propose. Au contraire, ritualisés deux matin par semaine, ils viennent les réclamer. Puis, leurs réactions pendant les exercices ; ils n'expriment aucun mécontentements malgré qu'ils manifestent avec franchise les sensations qu'ils éprouvent dans leur corps. "J'ai chaud, ça tire, ce n'est pas facile, ça tourne, ça craque". Enfin, sourire aux lèvres, des verbalisations a posteriori comme "ça réveille", de la part d'un élève qui présente au regard de son profil et de son origine éducative (ULIS) les retards les plus conséquents, et cela me laisse à penser que des choses se passent, et ce dans le bon sens. Il effectue de grands progrès dans les autres disciplines; je ne dirais pas que les exercices que nous faisons en sont à l'origine. Sa motivation personnelle est impressionnante et le travail de mes collègues l'est tout autant. Mais je me plais à penser que Padovan a participé de façon notable à réveiller ou à porter sa conscientisation et son potentiel de croissance.

Dans l'espoir de vous dire à suivre...

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